Au commencement était le Verbe. Affirmation pour le moins surprenante, tant on s’attendrait à entendre : au commencement était le silence. De même on aurait pu aussi entendre : au commencement était la nuit.
En réalité, au commencement il y a Dieu et non pas rien. Il y a le plein et non le vide.
Si le Verbe est au commencement, c’est que la vie ne jaillit pas du néant mais bien elle ne peut jaillir que… de la vie.
Mes amis, nous savons que nous venons d’une plénitude de vie, d’amour, que nous existons en vertu de cette plénitude et pour découvrir un jour en vérité cette plénitude pour laquelle nous avons été appelés à la vie.
La fête de Noël est déjà cette annonce anticipée du bonheur éternel.
Les bergers et les mages en ont fait l’expérience en découvrant l’enfant Jésus couché dans la mangeoire.
Et nous-mêmes, dans la foi, nous revivons cette rencontre avec émerveillement, étonnement, gratitude. Oui c’est une grâce de pouvoir ainsi faire l’expérience de cette joie.
C’est vraiment un mystère que cette fête de Noël qui nous fait toucher du doigt cette joie infinie. Et en même temps, quelle interrogation quand on voit encore l’état de notre humanité, quand on mesure le drame de notre monde qui ne connait pas la lumière du Christ, qui n’entend pas la Parole du Christ, qui ignore que Dieu s’est fait si proche en cette nuit de Noël.
Quelle interrogation en voyant que l’amour de Dieu reste ignoré, déformé, défiguré.
L’amour n’est pas aimé. C’était la tristesse de Saint François, que rapporte Thomas de Celano. Pourquoi celui qui s’est fait si petit et si humble n’est pas accueilli ?
Pourquoi à la surface du monde, il reste tant d’enfants qui souffrent, qui ne sont pas accueillis, désirés, aimés ?
Pourquoi les hommes continuent-ils à se faire la guerre, à se détester, à s’ignorer ?
Pourquoi Dieu ne cesse-t-il pas de venir dans un monde indifférent, préoccupé par d’autres projets, d’autres desseins ?
Saint Jean resitue l’événement de Noël dans cette grande médiation théologique et métaphysique, afin de nous ramener à la seule vérité. Tout vient de Dieu et tout doit revenir à lui. L’amour de Dieu accepte de ne pas être reconnu, mais il demeure à jamais.
Le monde passera, mais lui ne passera pas, parce qu’il surpassera la mort.
Peut-être nous est-il arrivé de faire un cadeau à quelqu’un, mais cette personne n’a manifesté aucune espèce de reconnaissance. Quelle épreuve pour vous, qui avez voulu exprimer votre amitié, votre affection, de voir que votre geste n’a pas été reçu, honoré ? Mais le geste a été posé. Le cadeau est bien là. Et quand bien même il aurait été délaissé, oublié, voire jeté, le geste et l’intention demeurent.
Pour Dieu c’est pareil. Ce qu’il a réalisé il y a 2000 ans s’inscrit dans son vouloir éternel et demeurera toujours. Mais Dieu seul peut supporter le fait d’être rejeté. Lui seul sait véritablement attendre. Son amour est fidèle.
Puissions-nous aujourd’hui l’accueillir avec un cœur reconnaissant, une fois encore, et laisser de côté nos négligences, nos ingratitudes, nos regrets. Ou plutôt que ces négligences, ces ingratitudes et ces regrets se transforment en gestes d’attention, en paroles de bienveillance.
Joyeux Noël à chacun d’entre vous !