Jeudi, 12 Février
Homélie du 7 septembre 2025. 23ème dimanche du Temps ordinaire. Frère Arnaud Blunat,op

Sommes nous dignes de suivre Jésus, d’être ses disciples ?
Jésus nous demande de le préférer à tous nos liens humains, à toutes nos habitudes, nos modes de fonctionnement humains.
Appuyons-nous sur la lettre de Paul à Philémon que nous avons entendue en 2ème lecture :

Philémon est un maître, sans doute un homme assez riche, mais c’est aussi un chrétien et un ami de Paul. Un de ses esclaves, Onésime, s’est enfui. Il a été jeté en prison et c’est là que Paul l’a rencontré. Il lui a fait découvrir le Christ et l’a baptisé.
Paul voudrait renvoyer Onésime, parvenu au terme de sa détention, à son maître Philémon.

En droit romain, un esclave est la propriété de son maitre, qui peut en disposer comme bon lui semble et le châtier sévèrement en cas de fuite.

Paul, avec beaucoup de délicatesse, attire l’attention de Philémon pour considérer Onésime non plus comme un esclave mais comme un frère bien aimé, et même plus, comme si c’était Paul lui-même, et donc comme un ami très cher.

Si cette lettre de Paul à Philémon a été insérée dans le Nouveau testament, comme un texte inspiré, c’est en raison du message qu’elle contient :
Mesurons en effet la nouveauté de la foi chrétienne, qui considère l’égale dignité de tous les baptisés. Paul dira dans l’épître aux Galates : il n’y a plus ni juif ni grec, ni esclave ni homme libre, il n’y a plus l’homme et la femme, il n’y a que le Christ qui est tout en tous, et vous n’êtes qu’un dans le Christ.
Philémon se doit dès lors de montrer un vrai sentiment chrétien, au-delà du droit romain qui l’oblige. Mais Paul ne veut nullement le forcer vis à vis de son esclave fugitif. Il l’invite à trouver dans sa foi la source de la vraie liberté.
Si Philémon est un vrai disciple du Christ, alors il peut emprunter un chemin nouveau à partir de l’enseignement du Christ : si quelqu’un vient à moi sans me préférer à son père, sa mère… et à sa propre vie – et l’on pourrait ajouter à son statut social, ses privilèges, ses richesses, sa réputation… il ne peut être mon disciple.

Autrement dit, Paul invite Philémon à une vraie conversion en faisant preuve de mansuétude et de miséricorde à l’égard d’Onésime.
Dans l’évangile, Jésus illustre son injonction avec deux images :

Un homme qui veut bâtir une tour se doit de calculer la dépense.
Celui qui veut partir en guerre doit évoluer ses forces.
Il faut donc mieux renoncer à de grands projets humains, et consentir à emprunter la voie de la modestie, de l’humilité.
Dans la première lecture, nous avons entendu une vraie leçon de sagesse qui rejoint la parole de Jésus : qui peut comprendre la volonté de Dieu ? Par elle même notre nature en est incapable.

« un corps impérissable appesantit notre âme »
Paul dira : je ne fais pas le bien que je voudrais, je fais le mal que je ne veux pas (...) Qui me délivrera de ce corps qui m’entraîne à la mort ? (Romains 7, 20 +)
Mais l’auteur de la Sagesse répond fort justement :
« qui aurait connu ta volonté si tu n’avais donné la sagesse et envoyé d’en haut ton Esprit Saint ? »

Sans l’Esprit Saint, nous ne pouvons pas dépasser certaines difficultés, aller au-delà de certaines épreuves. Cultiver la sagesse suppose une démarche d’humilité que nous rappelle le psaume 89 :

« Apprends nous la vraie mesure de nos jours, que nos coeurs pénètrent la sagesse »
Mais Dieu nous appelle à découvrir notre juste place, à prendre notre part de responsabilité pour travailler à la construction du Royaume : «  consolide pour nous l’ouvrage de nos mains ».

Il nous faut ainsi consentir à nous laisser conduire par l’Esprit Saint tout en assumant notre condition d’homme.
Nous avancerons ainsi sur le chemin de la vraie liberté.