Je ne compte plus le nombre de fois où l’on me demande : comment doit-on vous appeler ? Père ou frère ? Je réponds alors : quand j’ai reçu l’habit en entrant dans l’Ordre des Dominicains, on m’a dit : désormais vous vous appellerez frère Arnaud. Alors appelez-moi frère Arnaud.
Un frère domincain disait malicieusement : « je ne suis le père de personne, je suis le frère de tous ! »
Bien que nous soyons tous nés d’un père biologique que nous appelons père ou papa, Dieu est le seul que nous prions en disant : Père, notre Père.
Jésus a ainsi voulu attirer notre attention sur le sens des mots que nous donnons aux choses et aux personnes. Toute mission dans l’église, toute responsabilité, est avant tout un service. « le plus grand parmi vous sera votre serviteur »
Toute personne qui s’engage dans l’Église se doit d’être au service des autres.
Comme il est difficile d’être réellement au service de ses frères. Cela suppose d’avoir une certaine humilité, de ne pas chercher les honneurs, les avantages liés à un statut social, un pouvoir spirituel, une place, une fonction. Les scribes et les pharisiens à qui Jésus s’adresse n’étaient pas tous des modèles d’humilité, de modestie.
Si les évangiles ont tant insisté sur les reproches que Jésus leur adresse, c’est surtout à l’attention des responsables des communautés chrétiennes naissantes qui pouvaient avoir la même attitude.
Nous le savons bien, la tentation du pouvoir, a toujours existé, et ce, à tous les niveaux. Bien des prophètes comme Malachie, mais aussi Isaïe ou Ezéchiel ont dénoncé les comportements négligents, malhonnêtes de bien des prêtres.
En fait en quoi consiste la mission des prêtres ? Et bien elle consiste à amener, à conduire les hommes vers Dieu. Pour cela, ils doivent avoir eux-mêmes une relation personnelle avec Dieu par une vie de prière assidue et constante, une proximité, une amitié, telle que Jésus l’a voulue avec et pour ses apôtres.
Les prêtres doivent glorifier, honorer, sanctifier son Nom, par une parole qui éclaire les coeurs et les intelligences.
A travers la méditation de la Parole de Dieu dont ils se nourrissent, ils invitent les fidèles à chercher la vérité, à découvrir le chemin que Dieu leur propose, en se nourrissant à leur tour de la Parole de Dieu.
Les prêtres ne parlent pas d’abord à partir d’eux-mêmes, mais à partir de Dieu dont ils font résonner la parole par leur prédication et leur enseignement, et leur vie conforme à l’évangile. Ils ont aussi à être à l’écoute de ceux que Dieu leur confie.
Pas facile d’être tout à tous. Nous les prêtres, nous faisons ce que nous pouvons pour rejoindre les uns et les autres, nous décevons parfois, nous passons à côté des occasions de rencontre, nous pouvons être maladroits, absents, distants.
Le pape François a eu ce mot tout à fait juste en déclarant que les prêtres, comme des bergers, des pasteurs du troupeau, devaient sentir l’odeur des brebis. En étant ainsi au contact des uns et des autres, partageant leurs joies mais aussi leurs peines et leurs préoccupations, ils sont pleinement solidaires de tout ce qui constitue la vie de la communauté.
Conscients de leurs limites, de leurs péchés, ils comptent sur la miséricorde, le pardon de ceux qu’ils ont pu affecter ou blesser involontairement. Ainsi quand ils exhorteront les fidèles à pardonner, à faire preuve de miséricorde, de patience, de bienveillance, ils auront déjà montré le chemin non seulement en paroles mais aussi en actes.
L’exemple de Saint Paul est éloquent. Paul n’a pas ménagé sa peine, en manifestant à l’égard des communautés qu’il a fondées, une sollicitude sincère. Aux Thessaloniciens, il écrit, au nom de ses collaborateurs Sylvain et Timothée : frères, nous avons été pleins de douceur avec vous, comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons. Ayant avec vous une telle affection, nous aurions voulu vous donner non seulement l’évangile de Dieu mais jusqu’à nos propres vies »
Un tel témoignage ne peut pas laisser indifférent, il ne peut que toucher. Malgré les difficultés qu’ils ont rencontrées tout au long de leurs voyages, Paul et ses compagnons se sont toujours montrés loyaux, intègres, généreux, faisant preuve d’un courage et d’une audace sans mesure. En tout ils ont été de fidèles serviteurs du Christ et de l’évangile.
C’est par eux que la Bonne nouvelle a pu ainsi se diffuser dans les communautés chrétiennes. Et encore aujourd’hui, leur témoignage nous stimule et nous interpelle.
Mes amis, frères et sœurs, on ne le dira jamais assez. Il faut vraiment revenir à la source de notre foi qu’est la Parole de Dieu, parole qu’on doit accueillir humblement, laisser germer dans le silence du coeur, dans ce dialogue constant avec le Seigneur, avec Dieu notre Père. C’est à nous, prêtres, de montrer le chemin. Mais nous sommes souvent édifiés par la vie de beaucoup d’entre vous, qui assumez votre vie avec l’aide de Dieu avec courage et dignité : tel homme qui se bat pour son entreprise, telle mère qui doit porter le souci de ses enfants en difficulté, tel ou tel qui subit la solitude, le chômage, la violence de ses proches...
Prions souvent pour les prêtres, pour qu’ils reviennent à la source de leur vocation, qu’ils soient serviteurs humbles, disponibles, patients, bienveillants. Qu’ils se laissent toucher par l’exemple de tant de fidèles qui vivent une foi sincère, qui s’efforcent de la faire rayonner.
Qu’ils soient avant tout des frères, des amis, des compagnons de route.
C’est assurément ce que le Pape François souhaite pour notre Église actuellement en synode.
En revenant à cette attitude d’écoute et de confiance, dans une relation simple et vraie, nous donnerons à voir le visage du Christ, lui qui vient rassembler les hommes pour les conduire à Dieu, notre Père.